Près de 200 ans après son adhésion à la Confédération helvétique, le Valais est en mesure d’exiger son indépendance. L’énergie hydraulique lui offre un trésor de guerre digne des monarchies pétrolières, l’or noir remplacé par l’or bleu, les bédouins du désert par les bedjuis d’Isérables.
L’électricité hydraulique est la plus chère d’Europe, c’est une énergie de pointe qui s’échange à des prix vertigineux. Depuis 10 ans, les redevances hydrauliques n’ont pas augmenté. Si elles avaient suivi la hausse du prix de l’énergie, le Valais aurait aujourd’hui quelques milliards de plus à dépenser. D’ici quelques années, les principaux barrages passeront à leur tour en mains valaisannes. De quoi rapatrier des bénéfices qui filent aujourd’hui vers des sociétés installées un peu plus loin, sous le stratus du plateau. Le Valais a son destin en mains. Vive le Valais libre.
Les défenseurs de la croix suisse empoignent leur stylo et les propriétaires de chalet à Crans-Montana font des provisions; rassurons-les. Mais allons au-delà de la boutade, pour constater que le Valais n’a pas pris conscience de cette richesse virtuelle. Que faire d’une hausse des redevances ? Faut-il en laisser l’usage à ces quelques communes de montagne, ou concentrer les ressources au niveau cantonal ? Quelle stratégie adopter, lorsque les grands ouvrages hydrauliques passeront en mains valaisannes ? Faut-il offrir la gratuité de l’énergie pour attirer des emplois ?
Les entreprises, elles, ont déjà fait leurs calculs. La société ATEL dépense en ce moment 700 millions de francs au fond de la vallée du Trient, près du barrage d’Emosson. On connaît peu d’entreprises, en Suisse, qui investissent aujourd’hui 700 millions de francs dans un projet quelconque. Le Valais est soudain devenu très rentable. Il ne lui reste plus qu’à s’en rendre compte.
Philippe Revaz



C’est aux communes de recevoir cette future hausse des redevances, si elle aboutit. Les barrages sont sur leur territoire et utilisent leur ressource naturelle. L’argent de l’énergie hydraulique doit permettre aux communes de montagne d’éviter la désertification avancée que connaissent les vallées tessinoises ou grisonnes.
Ce n’est pas une demande de subventions, c’est le juste prix de l’usage des ressources naturelles. L’uranium des centrales nucléaires est importé: on le paie. Il est normal de payer aussi pour l’eau qui produit l’électricité hydraulique