Le monde lyrique inquiète et fascine. Sans doute parce que l’opéra est ce lieu improbable où la musique et le théâtre fusionnent pour le meilleur et pour le pire. Objet de tous les excès, de toutes les outrances, mais aussi de tous les conservatismes, l’opéra est une formidable machine à rêver et à fantasmer, un terrain d’exploration et d’expérimentation sans équivalent pour des metteurs en scène de la trempe d’Olivier Py.
Irrésistiblement attiré par les univers troubles et équivoques, le dramaturge français ne pouvait qu’offrir une lecture décapante de la partition d’Alban Berg. Inaccessible objet de convoitise, « Lulu » n’incarne-t-elle pas l’ambiguïté de la sexualité ? Erotisme, concupiscence et déchéance sont au cœur d’un chef-d’oeuvre où le sublime le dispute au sordide. Alors, qu’importe si, pour la deuxième fois de son histoire, le Grand Théâtre de Genève se croit obligé de frapper d’un logo rouge une scène érotique projetée au troisième acte ! On se souvient qu’en 2005, le « Tannhäuser » du même Olivier Py avait subi un traitement analogue pour la participation d’un comédien venu du porno, en érection sur la scène.
Empreinte de philosophie et de métaphysique, l’imagerie sexuelle qu’utilise Olivier Py dans ses spectacles ne doit plus faire polémique. Car l’opéra est par définition une affaire de transgression. A travers la musique, les passions secrètes, les voluptés refoulées, les désirs sublimés prennent vie et s’incarnent. A cet égard, la mise en garde du Grand Théâtre est superflue. C’est un peu comme si la grande institution lyrique genevoise nous disait : « Attention, ceci est un opéra ! »
Jacques Allaman
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